Russie: deuil, obsèques et débat après une fusillade dans une école

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Kazan (Russie) – La république russe du Tatarstan enterrait mercredi ses morts au lendemain de la fusillade qui a emporté sept enfants et deux enseignants, déclenchant un débat au sein du pouvoir sur l’accès aux armes et l’usage de l’internet.

Craignant les critiques, la populaire messagerie Telegram a assuré avoir bloqué rapidement le compte du tireur, où ce dernier avait évoqué son passage à l’acte dans une école de Kazan, la capitale du Tatarstan.

Selon le cofondateur de Telegram, Pavel Dourov, le tueur a affirmé qu’il allait commettre son crime seulement “20 minutes avant l’attaque” sur une chaîne publique qu’il a créée et dont il était le “seul membre“.

Milliardaire russe très discret vivant à l’étranger, M. Dourov a dit espérer que “cette tragédie” ne serve pas “d’excuse pour organiser une chasse aux sorcières ou transformer la société en camp de concentration“. Une déclaration sonnant comme une réponse aux intentions du Kremlin d’accroître son emprise sur les contenus en ligne.

Dans la foulée du drame mardi, Viatcheslav Volodine, président de la chambre basse du Parlement et proche du président Vladimir Poutine, avait appelé à discuter de la possibilité de “mettre fin à l’anonymat sur internet” pour lutter contre la diffusion “de messages violents et glorifiant l’extrémisme“.

Un sénateur, Alexandre Bachkine, a aussi proposé de règlementer les jeux vidéo violents qu’il juge “extrêmement dangereux” pour la santé mentale des adolescents.

Selon les enquêteurs, le tireur de 19 ans, identifié comme Ilnaz Galyaviev, un ancien élève de l’établissement, doit être formellement inculpé mercredi avant qu’un juge décide d’un placement en détention.

Elle a voulu les protéger” 

Les funérailles des victimes se sont déroulées mercredi, dont celles dans la matinée d’Elvira Ignatieva, 26 ans, une professeure d’anglais abattue par le tireur alors qu’elle tentait, selon certains, de sauver un enfant.

C’est elle qui a pris une balle en premier, dans la tête. Puis ce malfrat a tiré sur les enfants. Elle a voulu les protéger, elle ne s’est pas cachée“, a raconté à l’AFP l’oncle de la victime, Talgat Goumerov, 65 ans.

Des dizaines d’anonymes ont aussi déposé des fleurs, des peluches et des bougies devant l’école n°175 de Kazan, capitale du Tatarstan, où le tireur a fait irruption pour semer la mort armé d’un fusil avant d’être arrêté par la police.

Il s’agit de la pire fusillade dans un établissement russe depuis 2018, un drame relativement rare dans un pays où le contrôle des armes est strict, mais où les violences impliquant des élèves sont en augmentation.

Les sept enfants tués étaient de la même classe de 4e, soit âgés en principe de 13-14 ans. Vingt-trois personnes, dont 20 mineurs, sont hospitalisées, dont plusieurs dans un état grave. Fuyant les tirs, certains enfants se sont blessés en sautant par les fenêtres du troisième étage.

 Agressif et irascible

Le Comité d’enquête a précisé que des proches du suspect avaient indiqué lors d’interrogatoires que “depuis le début d’année, il montrait un comportement agressif et irascible“.

L’année dernière, il souffrait de graves migraines et lors d’une consultation “une maladie cérébrale a été diagnostiquée“, selon cette source.

Enfin, l’état d’agitation du tireur “gêne les procédures d’investigations“, relève cet organe en charge des principales enquêtes criminelles en Russie.

Une vidéo diffusée mardi l’a montré torse nu et couvert de sang allongé dans une cellule, hurlant être “Dieu” et avoir tué car il “déteste tout le monde“.

Le jeune homme de 19 ans avait quitté l’école N°175 il y a quatre ans pour suivre une formation d’informaticien dont il a été exclu le mois dernier.

Selon les autorités, il avait obtenu légalement son arme, fin avril, certificat d’aptitude mentale à l’appui comme l’exige la loi.

Ce drame a donc relancé plusieurs débats. Le président Vladimir Poutine a d’abord ordonné de revoir les règles du port d’armes et un durcissement pourrait être étudié dès la semaine prochaine par les députés.

La fusillade de mardi rappelle celle d’octobre 2018, lorsqu’un adolescent avait tué 19 personnes avant de se suicider dans un lycée de Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou.

M. Poutine avait alors blâmé “la mondialisation“, estimant que le phénomène des fusillades scolaires provenait des Etats-Unis.

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