Gabon : La liste électorale est-elle fiable?

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A trois jours de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle gabonaise, le discrédit jeté par l’analyste économique, Mays Mouissi sur le fichier électoral, vient rajouter du grain à moudre dans les débats autour de fraudes qui pourraient entacher le scrutin du 27 Août prochain. Dans un rapport plus que détaillé et chiffré, AllSud a voulu en savoir un peu plus afin que chaque lecteur se fasse une idée de ces conclusions.

 

AllSud : Lors de votre dernier article datant du 7 Août, vous remettez en cause la fiabilité du fichier électoral. Vous confirmez qu’il est “gonflé”. Comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion?

Mays Mouissi : En qualité d’analyste et de citoyen, j’ai pris l’initiative d’auditer la liste électorale en réalisant un benchmark entre le nombre d’inscrits sur la liste électorale et le nombre d’habitants de chaque localité. Les conclusions de cet audit ont permis de mettre au jour 59 localités où la population électorale est très largement supérieure au nombre d’habitants. Des localités, qui ensemble ont un poids démographique de 2%, pèsent étrangement 11% du corps électoral. Ce constat m’a conduit à demander au Ministère gabonais de l’intérieur, responsable de la liste électorale suivant les dispositions du Code électoral et de la loi 7-96, de s’en expliquer. Si l’on peut concevoir que tous les citoyens en âge de voter ne s’inscrivent pas sur la liste électorale de leur lieu de résidence, il est difficilement imaginable que dans des dizaines de localités le nombre d’électeurs représente jusqu’à 22 fois le nombre d’habitants recensés par le ministère gabonais de l’économie. Par ailleurs, pour s’inscrire sur la liste électorale dans un lieu autre que son lieu de résidence habituel depuis au moins 12 mois, l’article 33 du Code électoral précise que l’électeur concerné doit justifier de la possession d’un intérêt économique ou de l’entretien régulier de liens familiaux dans la localité d’inscriptions. Je m’interroge sur la façon dont les commissions d’enrôlement ont vérifié l’existence avérée d’un intérêt économique ou l’entretien régulier de liens familiaux pour cette catégorie d’électeurs, étant entendu qu’aucun justificatif de cette nature ne leur a été demandé pendant la phase d’enrôlement.

 

AS : Dans votre enquête, vous affirmez également que sont inscrits sur la liste électorale des citoyens qui n’auraient pas l’âge de voter?

MM : Je n’affirme pas cela. Je fais constater que dans 18 localités différentes des 59 précités, le nombre d’inscrits sur la liste électorale représente entre 80 et 100% de la population. Je souligne que c’est atypique quand on sait que tous les processus d’enrôlement électoraux du monde sont soumis à deux contraintes que ces taux d’inscription ne reflètent pas : L’abstention primaire qui concerne toute les personnes qui volontairement ou pas n’ont pu s’inscrire sur la liste électorale et la population n’ayant pas atteint la majorité électorale. En conséquence, comment parvient-on à avoir 100% de taux d’inscription sur la liste électorale dans des localités où le taux de natalité est de 34 ‰

 

AS : Quelle serait la région la plus touchée par ce “gonflement”? Et quelles sont vos sources?

MM : Toutes les provinces du Gabon sont touchées par cette inflation du nombre d’inscrits sur la liste électorale. Cependant, les provinces du Haut-Ogooué et de la Ngounié surclassent toutes les autres. On retrouve ce phénomène aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale. Cela vient d’ailleurs contredire l’argument soulevé par certains selon lequel les populations urbaines déserteraient les villes pour aller s’inscrire dans des villages. Quant à mes sources, elles sont principalement de 2 ordres : La distribution des électeurs par localité du Ministère gabonais de l’intérieur et les données du Recensement général de la population et du Logement (RGPL) publiées par la Direction générale de la statistique du Ministère gabonais de l’économie.

AS : Pouvez-vous faire un récapitulatif chiffré et concis de votre enquête?

MM : Pour me résumer, au Gabon 59 localités ont un nombre d’inscrits sur la liste électorale supérieur au nombre d’habitants qui y ont été recensés. Plus de 11% du corps électoral prête à interrogation. Dans 18 localités les taux d’inscription sur la liste électorale sont atypiques car trop élevés et frôlant les 100%. En synthèse, des doutent pèsent sur la fiabilité de la liste électorale dans au moins 34% des localités du Gabon.

AS : Votre conclusion?

MM : Compte-tenu de l’importance que revêt le fichier électoral dans l’organisation d’une élection politique, il est urgent que le Ministère gabonais de l’intérieur explique ces disparités et envisage éventuellement un report de l’élection présidentielle pour assainir le fichier électoral.

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